vendredi 11 janvier 2013

"L'acquisition des énoncés elliptiques en anglais", par Paul-Eric Langevin et Mouna Abid (2013)

Mouna Abid et Paul-Eric Langevin     

Syntaxe formelle et syntaxe comparée

Anne Abeillé



"L'acquisition des énoncés elliptiques en anglais" 
Présentation de l’article de Jonathan Ginzburg et Dimitra Kolliakou (2009)



I - Introduction

NSU : énonciation dont il manque un constituant (la plupart du temps verbal). On inclut dans les NSU les « réponses courtes (short answers) » et les énoncés de reprise utilisés pour reconnaître ou pour clarifier des énoncés.

L'acquisition du langage est souvent vue comme un processus d'augmentation de la longueur des énoncés par les enfants alors  qu'une chose commune chez les adultes (compétence de l'adulte) est l'habilité d'utiliser des short énoncés quand le contexte le permet.

L'étude : l'émergence de certaines classes de NSU dans le langage des enfants (corpus de Manchester : corpus CHILDES).

Principale étude : the LATE SHORT QUERY EFFECT, les NSQ (queries) sont acquises plus tardivement que les NSA (answers) bien que les enfants soient mis dans un contexte où l'utilisation est courante (des adultes les utilisent fréquemment en leur présence pour l'étude et font en sorte qu'ils puissent les utiliser).

Période où l'enfant produit des phrases interrogatives, des déclaratives elliptiques et les lexèmes polaires oui et non, les NSQ sont absents.

L'étude porte sur des enfants entre 2/3 ans et elle s'est faite pour 2 langues : pour des enfants Grecs et des enfants Anglais

Résultats : montrer comment modéliser cet effet dans une approche construction orientée Dialogue dans lesquels les NSU sont soit des mots grammaticaux soit des constructions dont le prédicat principal est un paramètre contextuel + résultats sont problématiques pour les analyses de NSU en termes de mécanisme unique, généralisé de réduction phonologique + esquisse d'explication pour l'ordre d'acquisition des NSU : notion qui combine l'accessibilité des paramètres contextuels et la complexité de la construction de contenu.

Toutes les études sur l'acquisition du langage montrent l'importance du contexte dans lequel l'enfant est exposé mais peu d'études sur les NSU fournissent des analyses syntaxiques et sémantiques du phénomène.



II - La distribution des constructions NSU chez les adultes Anglais et les explications grammaticales possibles

Les NSU chez les adultes en dialogue
Fernandez et Ginzburg (2002) classification : 15 classes de NSU

la majorité des classes NSU utilisent l'interrogation et la réponse (5 classes) : l'émergence des NSU concerne ces 5 classes

1- Réponses Affirmative et Rejection (41%) / Plain et Repeated => question polaire et réponses aux assertions 

A: Did Bo leave? B : Yes / No
/  repeated = Bo, yes plain = mmmh...

2- Short answer (38%) => réponses elliptiques à des wh-questions
who left ? Bo.

3-Clarification Ellipsis / CE (16%) => utiliser pour clarifier une énonciation qui n'a pas été entièrement comprise 

A: Did Bo leave? B: Bo ? 

4- Sluicing (5%) 33% en tout de questions wh-interrogatives

A: Someone left? B: Who?

-->Direct sluicing : l'antécédent de la sluice est compris sans difficulté
-->Reprise sluice : ne comprend pas certains aspects de l'énonciation alors que le locuteur savait
-->Repetition sluice : la sluice est utilisée pour demander une répétition de l'énonciation précédente dans son ensemble.

Comme les sluicing les CE sont ambigus entre 2 lectures :
-la lecture confirmation clausale : exemple : « 3 tu veux dire ? »
-la lecture constituant attendu : exemple : « que veux-tu dire par ? » 

Explication des NSU : avec ou sans construction
                    théories qui suivent l'ancienne route : théories unitaires pour lesquelles la résolution elliptique est avec un seul, typique mécanisme extra-grammatical.
                    Théories qui suivent la route plus tardive : théories constructionnistes pour lesquelles les NSU sont incorporées dans la grammaire comme des constructions distinctes.

Dans la 1ere approche : underlying sententialism : les NSU sluicing et short answers sont analysées comme sous-jacentes des constructions SENTENTIAL
HOU approche : the higher-order unification pour VP elliptique 

                    alternative aux approches unitaires : approche DIALOGUE-ORIENTED CONSTRUCTIONISM : les NSU sont des mots grammaticaux (yes, no, pardon) ou des constructions (short answer, sluicing) où la composition sémantique est d'abord conduite par le contexte plutôt que par la syntaxe.



III- Description des résultats concernant l'acquisition des NSU basé sur le corpus Manchester (enfants anglais) 

Une asymétrie dans l'acquisition des NSU
-NSU des 2/3 ans = étude d'enfants anglais corpus Childes, 12 enfants locuteurs anglais (lesquels c'est la seule langue), activités avec leur mère et enregistrements 2 fois chaque 3 semaines : transcription de 4 enfants

→ évidence que les short answers ont été acquises par les 4 enfants
→ ¾ montrent une préférence à l'utilisation des NSU sentential answers
→ tous les sujets utilisent productivement les questions, prioritairement les wh-questions (what et where acquis en début d'expérience)
→ pour les ¾ des sujets, les NSQ (sluicing et CE) sont pratiquement absents alors que toutes les mères utilisent de manière productive les NSQ. 

2 Généralisations à l'émergence des NSU
- généralisation empirique 1 et 2
1 : short answers et les interrogatives acquises, les NSQ (sluicing et CE) sont dans l'ensemble absents
2 :NSQ présents dans le discours des adultes 



IV – Discussion sur des possibles explications pragmatiques sur ce corpus / explications qui n'expliquent pas entièrement l'effet observé / brèves explications pour le corpus Grec qui donnent à peu près les mêmes résultats que le corpus anglais 

Utilisation de plusieurs corpus : Aran, Becky, Carl, Dominic répondant aux questions de leur propre mère et parfois aux questions d’un chercheur 

Etablissement de statistiques sur les résultats donnés par les corpus 
Tableaux détaillés à expliquer : tableaux 9 à 12 

Résultats test du chi deux, test de Fisher, données sur les probabilités
Comparaison avec les données établies avec les enfants grecs et leurs mères (corpus CHILDES)  
Mairi, Mairi et sa mère : résultats donnés dans les tableaux 13 et 14

Deux explications sont possibles à l’établissement de l’effet réponses courtes tardives (late short query effect) : pragmatique ou mécaniste. 

Explication pragmatique : deux raisons données pour l’absence de NSQ (non sentential queries ou questions non verbales)

-contextuelle

-désirabilité sémantique

Explication mécaniste : 

absence de compétence linguistique ou conversationnelle appropriée 

(14) Contexte: les enfants maitrisent-ils le rôle du contexte dans la production des NSQ ? Production des NSQ dans un contexte donné 

(15) Désirabilité sémantique : Les enfants saisissent-ils le sens des NSQ ? Arrivent-ils à produire du sens avec les NSQ ? 

Ginzburg et Kolliakou considèrent l’explication pragmatique pas suffisante, ils veulent démontrer la nécessité d’une explication mécaniste 

(16a) Contexte déclencheur des NSQ : il est en général différent de celui utilisé par les adultes 

(16b) l’enfant élabore des requêtes en utilisant des constructions non elliptiques 
                      
Nous avons 6 types de données différentes dans un premier temps, avec comme acteurs Aran, Becky et leurs mères respectives ; dans chaque cas, l’enfant répond aux questions de sa mère.
Aran : NSQ potentielles mais non réalisées 

Becky : NSQ non potentielles, ambigües 

Résultat : Aran évite de produire des NSQ, Becky a maîtrisé la production des NSQ mais échoue dans leur construction 

Nous avons 6 autres types de données, mettant cette fois-ci en scène Carl et Dominic 

Carl : What, Where, Yes 

Dominic : What ?, What 

Désirabilité sémantique : les NSQ doivent être quelque chose que les enfants devraient avoir le désir de produire 

Productions plus tardives : production significative de NSQ chez Aran ainsi que chez Becky                 
Becky : What, Why 

Absence totale d’ellipse de clarification (clarification ellipsis, CE) chez les deux enfants 
Absence de NSQ en début de production : compétence insuffisamment développée

Résultats du test du chi deux et données des probabilités : 

Aran : chi deux=1.6 ; p=0.1 ; p=0.18

Becky : chi deux=0.98 ; p=0.16 ; p=0.31 

Distribution des phrases  verbales et averbales dans le tableau 
Emergence des NSU en grec : autres expériences et corpus avec Mairi et sa mère, choisies parmi 4 enfants grecs et leurs mères respectives 

L’émergence tardive des NSU et des questions elliptiques n’est pas due à des facteurs essentiellement linguistiques. C’est tardif aussi dans la production des enfants grecs. L’effet étudié est donc indépendant de la langue.

Tableaux 9 à 12 : cf article ; tableaux 13 et 14 : idem 



V – Comment the LATE SHORT QUERY EFFECT peut être modélisé grammaticalement et esquisse d'explication : combinaison de l'accessibilité des paramètres contextuels et la complexité de la construction de contenu. 

Tableau 16 : paramètres contextuels 

figures 1 et 2 : hiérarchies de types interrogatifs (Ginzburg et Sag) 

(29) (30) complexité 

tableau 17 : composition sémantique 

Explication pragmatique pas suffisante, explication mécaniste nécessaire, nécessité d’utiliser une grammaire orientée dialogue 

(24a) grammaire et système contextuels dans lesquels les réponses courtes et les propositions interrogatives verbales coexistent sans NSU 

(24b) ordre d’acquisition : explication de l’émergence de NSA avant les NSQ 
Description de l’analyse contextuelle et grammaticale, conditions de parallélisme syntaxique et/ ou phonologique 

Lexèmes polaires : yes/no
question polaire p ?, dérivée d’une assertion p : 

A : did Bo phone ?

B : Yes / No                                                                                                                                             

A : Bo phoned 

B : Yes / No 

? Phone (b,t) 

Réponses courtes:

A: who phoned?

B: Bo 

lambda x phone(x,t) 

Sluicing direct:

A: a student phoned   B: who? 

? il existe x phone(x,t)

Sluicing en reprise, clarification ellipsis
(ellipse de clarification,  CE) 

A: did Bo leave?

Lambda x Ask (A,? Leave(x)) 

Cette interprétation sémantique est résumée dans les tableaux 15 et 16 

Hiérarchie des types interrogatifs (figure 1), hiérarchie des NSU (figure 2) 

Spécification d’une grammaire et d’un système contextuels dans lesquels les réponses courtes et les
interrogations verbales coexistent sans les NSQ 

Ordre d’acquisition des NSU : NSA émergent avant NSQ 
Complexité sémantique et contextuelle 

CE > sluicing > yes/no > réponses courtes (Aran et sa mère) 
CE > yes/no > sluicing > réponses courtes (Becky et sa mère) 

Mère de Becky : 20 NSQ par conversation dont 14 CE 
Mère d’Aran : 18 NSQ dont 10 CE 

Complexité de composition sémantique : c’est la complexité des opérations sémantiques utilisées pour construire le corpus ; nécessité d’utiliser aussi l’accessibilité contextuelle 

(29) C1 < C2  si et seulement si C1 a un background contextuel plus simple que C2 OU C1 et C2 ont des backgrounds contextuels équivalents mais la combinatoire de C1 est plus simple que celle de C2

Composition des différentes complexités : elles contiennent les éléments suivants 

*application de fonction 

*lambda abstraction 

*extraction de proposition 

*substitution 

*négation 

*questions polaires 

Tableau 17 : complexités différentes associées aux diverses classes de NSU considérées 

(30) Réponses non-verbales < questions non-verbales 

Tableaux 15 et 16 : interprétation sémantique
Tableau 17 : différentes complexités



VI : Conclusion

Nous avons démontré l’existence du Late Short Query Effect (Effet réponses courtes tardives) et avons précisé l’importance de l’étude du contexte et de la désirabilité sémantique. Les données sont bien valables aussi bien en anglais qu’en grec, ce qui prouve l’indépendance de ce phénomène aux variables dépendant de la langue étudiée. Nous avons utilisé une approche grammaticale qui intègre les informations phonologiques, syntaxiques et sémantiques et avons combiné l’accessibilité aux paramètres contextuels et l’étude de la complexité sémantique.

jeudi 20 décembre 2012

"Inventaire phonétique et phonologique du Kabyle", par Paul-Eric Langevin (2012)

Paul-Eric LANGEVIN  

Ioana CHITORAN 



Inventaire phonétique et phonologique du Kabyle 



Le Kabyle fait partie des langues berbères, elles-mêmes un sous-ensemble des langues afro-asiatiques. Il y a à peu près 25 langues différentes de type berbère, le Kabyle étant l’une d’elles, et près de 400 langues afro-asiatiques. Le Kabyle est parlé en Kabylie, région située à l’est de l’Algérie. Cette langue est aussi parlée dans d’autres pays d’Afrique du Nord ainsi qu’ailleurs dans le monde, en particulier en France et en Belgique. Il y a 3,5 millions de locuteurs du Kabyle en Kabylie et 5,5 millions dans le monde. Elle est parlée aussi en particulier en Algérie, au Maroc, en Tunisie et dans l’ouest du Sahara. Le Kabyle est aussi appelé Amazigh ou Tamazight. C’est une langue reconnue comme langue nationale en Algérie depuis 2002. Les locuteurs sont fiers de leur langue et résistent en particulier à l’influence de l’Arabe. Les systèmes d’écriture utilisés sont l’écriture arabe, l’alphabet latin ou l’écriture tifinagh mais le Kabyle est à l’origine une langue essentiellement orale. Il existe de nombreux contes dans la culture kabyle. Depuis quelques dizaines d’années, le Kabyle est étudié par les linguistes et de nombreux travaux sont dignes d’intérêt, parmi lesquels les travaux de Sabrina Bendjaballah, Amina Mettouchi, Kamal Nait-Zerrad, Ramdane Achab mais aussi ceux de Michel Quitout, Lionel Galand, René Basset, Jean-Marie Dallet ou encore Camille Lacoste-Dujardin, auteur d’un magnifique «Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie».

Pour notre travail de terrain, nous avons interrogé trois camarades de classe âgés d’environ 25 ans, deux femmes et un homme. Parmi ces trois personnes, deux sont originaires de Bejaïa et une de Tizi Ouzou. On a pu en particulier remarquer que le Kabyle de Bejaïa et celui de Tizi Ouzou représentent deux dialectes différents bien qu’assez proches.



Voyelles

Le Kabyle utilise 3 voyelles différentes, /a/, /i/, /u/ plus le schwa /ə/ appelé aussi ilem. Nous avons trouvé des exemples de chaque voyelle dans le corpus étudié lors du travail de terrain.

/ə/ :
[n ə k]           je
[x ə t  ʃ]          tu
/a/ :
[n ə tsa]        il
[nu θ nia]      ils
/i/ :
[nuk ə nia]   nous
[nu θ nia]     ils
/u/ :
[nuk ə nia]   nous
[nu θ nia]     ils

Par rapport aux voyelles, nous avons trouvé le même résultat que celles données dans la version que nous avons trouvée en ligne. Passons maintenant à l’étude des consonnes. 



Consonnes

A partir du corpus étudié, nous avons dégagé l’existence de 20 consonnes en Kabyle :
/n/      /k/      /x/      /t/       /ʃ/       /s/       /w/     /θ/      /r/       /j/       /g/      /h/      /ð/  /q/          /m/     /v/     /ʁ/      /ʒ/      /z/      /q/ barré

Nous avons utilisé un corpus composé de 25 mots du Kabyle, c’est pourquoi nous n’avons dégagé l’existence que de 20 consonnes mais il en existe en réalité plus puisque l’ensemble des consonnes du Kabyle s’élève environ à 45 consonnes selon la version que nous avons trouvée en ligne. Voici des exemples de mots tirés de notre corpus pour chacune des 20 consonnes que nous avons mises en évidence :

/n/ :
[n ə k]           je
[n ə tsa]        il
/k/ :
[nuk ə nia]   nous
[akaru]          tête
/x/ :
[x ə t  ʃ]          tu
[xunwi]         vous
/t/ :
[n ə tsa]        il
[θamtuθ]      femme
/ʃ/ :
[x ə t  ʃ]          tu
[aq ʃi ʃ]          enfant
/s/ :
[n ə tsa]        il
[a ʁ arsiu]   animal
/w/ :
[xunwi]         vous
[wihin]          celui-ci
/θ/:
[nu θ nia]     ils
[a θ rur]        oiseau
/r/ :
[argaz]          homme
[a θ rur]        oiseau
/j/ :
[waji]             ceci
[ðaji]              ici
/g/ :
[wagi]                       cela
[argaz]          homme
/h/ :
[wihin]          celui-ci
[wahi]           celui-là
/ð/ :
[ðaji]              ici
[ðijin]           
/q/ :
[aq ʃi ʃ]          enfant (garçon)
[θ aq ʃi ʃ θ]   enfant (fille)
/m/ :
[θ amtu θ]    femme
[jimma]         mère
/v/ :
[vava]                       père
/ʁ/:
[a ʁ arsiu]   animal
[amzu ʁ ]    oreille
/q/ barré:
[aq ʒun]        chien


[θ aq ʒunt]   chienne
/ʒ/ :
[aq ʒun]        chien


[θ aq ʒunt]   chienne
/z/ :
[amzu ʁ ]    oreille         
[argaz]          homme
Paires minimales : nous en avons trouvé quelques unes mais elles ne sont pas très nombreuses, en voici deux exemples particuliers,
/j/ - /g/          [waji]             /          [wagi]
/j/ - /g/          [ðaji]              /          [ðagi]



Conclusion et hypothèses

Si l’on devait continuer une étude sur le Kabyle, on approfondirait certainement les questions historiques et sociales, voire sociolinguistiques et ethnolinguistiques. En particulier, hormis la question de la langue, le fonctionnement de la famille et des traditions nous paraît particulièrement intéressant, d’après ce que l’on a pu trouver dans l’ouvrage de Camille Lacoste-Dujardin cité dans les références. D’autre part, les questions de lexicologie étudiées dans les autres ouvrages consultés nous paraissent être des sujets très riches. Du point de vue de la phonétique et de la phonologie, il faudrait pouvoir faire un inventaire complet et se poser des questions de linguistique comparative pour savoir si les consonnes que nous avons mises en évidence et qui ne se trouvent pas dans des langues romanes déjà étudiées (/x/, /θ/, /ð/, /q/ barré…) se retrouvent dans les autres langues afro-asiatiques ou dans d’autres groupes de langues.



Liste de références

Nous avons consulté les travaux suivants :

-"Linguistique berbère et applications", Kamal Nait-Zerrad, 2004

-"La néologie lexicale berbère", Ramdane Achab, 1996

-"Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie", Camille Lacoste-Dujardin, 2005



Articles :

-"L’inaccompli négatif en berbère", Maarten Kossmann, 1989

-"La personne grammaticale en berbère", Lionel Galand, 1994

-"Schwa en berbère", Maarten Kossmann, 1995



Nous renvoyons aussi aux nombreux articles sur le Kabyle publiés indépendamment par Amina Mettouchi et par Sabrina Bendjaballah, ainsi qu’au dictionnaire Kabyle-Français publié par Jean-Marie Dallet en 1985.

dimanche 25 novembre 2012

"Analyse phonétique des voyelles du français", par Matias Calderon et Paul-Eric Langevin (2012)

Matias Calderon
Paul-Eric Langevin
Ioana Chitoran



PHONETIQUE EXPERIMENTALE

LES VOYELLES DU FRANCAIS



Le Français est une langue de la famille des langues romanes, elles-mêmes faisant partie des langues indo-européennes.

Elle est principalement parlée en :

-en Europe: France, Belgique, Italie, Suisse, Luxembourg, Monaco, Andorre, Vatican, Iles anglonormandes,

-en Amérique: Canada, Etats-Unis, Départements et territoires d'outre-mer, Haiti,...

-en Afrique: Benin, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Comores, Côte-d'Ivoire, Djibouti, Gabon,
Guinée, Madagascar, Mali, Niger, Centrafrique, Congo, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Rwanda

- Elle est aussi langue administrative au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie,
à l'île Maurice.

Elle est donc langue officielle de 29 pays dans le monde et langue administrative de 38 pays différents. C'est une langue de type SVO, flexionnelle et syllabique.

Le système vocalique du français est le suivant:
-6 voyelles écrites: A, E, I, O, U, Y
-16 voyelles phonétiques: 12 voyelles orales et 4 voyelles nasales

a patte, papa
ɑ pâte, tas
ə fenêtre
ø jeu, feu
oe fleur
e été, nez
ɛ mer, j’aimais
o sot, seau, sceau, saut
ɔ porte, port, or, mort
i fille, ami
u coup, août
y nu, j’ai eu
ɑ̃ rang, avant
ɛ̃ rein, brin, pain
ɔ̃ bon, ton
oẽ brun, un

Ici, nous allons faire une étude comparative de 4 voyelles : [i], [u],[o] et [ø] dans un contexte
particulier : Peau [po], pis [pi], pou [pu] et peu [pø] qui représentent 4 paires minimales.

Ces trois voyelles se différencie entre elles par grâce à plusieurs traits donc nous allons en faire la liste maintenant :

– la voyelle [i] se différencie avec la voyelle [u] par son antériorité. En effet dans le trapèze
vocalique, [i] est la voyelle la plus antérieure de toutes les voyelles du français. La voyelle [ø]
est quant à elle légèrement plus postérieure que la voyelle [i] et la voyelle [o] se situe dans le
même degré de postériorité que la voyelle [u].

– on peut opposer les voyelles [i] et [u] avec les voyelles [o] et [ø] par le degré d'ouverture. Tout
d'abord les voyelles [i] et [u] sont les voyelles les plus fermées parmi toutes les voyelles du
français. [o] et [ø] sont quant à elles, des voyelles mi-fermées.

Nous allons donc comparer les trois voyelles tout d'abord grâce à un tableau des durées des voyelles
pour chaque voyelle répertorié ainsi que la moyenne de toutes les répétitions. Ensuite, on fait de même pour les formants (F1, F2 et F3). Ceci va donc nous permettre de faire tout d'abord un espace vocalique du F1 sur F2-F1 et un autre de F1 sur F2. On va pouvoir ensuite en tirer les conclusions.



1) Tableau des durées des voyelles pour chaque voyelle et la moyenne sur toutes les répétitions : 

[po] [pi] [pu] [pø]
Durée 1 0.420 0.400 0.420 0.380
Durée 2 0.390 0.430 0.480 0.430
Durée 3 0.330 0.390 0.490 0.360
Moyenne 0.380 0.406 0.463 0.390



2) Tableau des formants (F1, F2,F3) individuels pour chaque voyelle et la moyenne sur toutes les
répétitions : 

[o] [i] [u]
F1 - 1ère occurrence 470 240 410 450
F2 – 1ère occurrence 970 2100 1000 1400
F3 - 1ère occurrence 2650 3100 2500 2480
F1 - 2ème occurrence 450 500 300 420
F2 - 2ème occurrence 900 2100 920 1510
F3 - 2ème occurrence 2700 3200 2470 2500
F1 - 3ème occurrence 420 270 350 420
F2 - 3ème occurrence 900 2060 970 1460
F3 - 3ème occurrence 2650 3170 2700 2500
F1 - moyenne 447 337 353 430
F2 - moyenne 924 2087 963 1457
F3 - moyenne 2667 3157 2557 2493
[ø]
[po] [pi] [pu] [pø]
Durée 1 0.420 0.400 0.420 0.380
Durée 2 0.390 0.430 0.480 0.430
Durée 3 0.330 0.390 0.490 0.360
Moyenne 0.380 0.406 0.463 0.390



(1) Espace vocalique du français :

(2) Espace vocalique rempli à la main, F1 sur F2 grâce aux moyennes des voyelles : 

(3) Espace vocalique rempli à la main, F1 sur F2-F1 grâce aux moyennes des voyelles :



Comme on peut le voir dans l'espace vocalique (2), on peut voir qu'il correspond en effet au trapèze
vocalique présenté en (1). Ainsi, les voyelles se retrouvent pratiquement à la même place que lors des
trapèzes qu'on connait. Si on peut cet espace vocalique (3), on peut voir qu'il existe cependant quelques différences. Pour commencer, on peut voir que la voyelle [o] ne rentre même pas dans le grid que nous a été proposé. En effet, considérant que son F1 est égal à 447 en moyenne et que le F2 est égal à 924, cela nous fait un F2-F1 de 477 approximativement. La voyelle est donc considérablement plus à droite. La voyelle [u] et la voyelle [ø] subissent quant à elles, le même ressort mais dans une moindre quantité. On peut cependant remarquer que la voyelle [i] bouge de très peu et on peut expliquer cela à la grande différence qui existe entre le F1 et le F2 de cette voyelle. Son F1 se situe en moyenne à 337 et son F2 à 2087.

C'est ainsi qu'on peut en conclure que plus la voyelle est fermée, donc par extension avec un F1 plus
bas, et antérieure, donc avec F2 plus élevé, moins la voyelle va subir les conséquences de cette variation.

C'est le cas de voyelle [i]. De l'autre coté, plus la voyelle est ouverte, donc avec un F1 assez élevé, et
postérieure, donc avec un F2 bas, plus elle va subir cette variation comme c'est le cas de la voyelle [o].

On peut donc supposer que la voyelle [ɔ] sera encore plus fortement affecté par cette variation car toujours très postérieure mais plus ouverte que la voyelle [o].

Face à ces deux voyelles, la voyelle [u] et la voyelle [ø] sont moindrement touchées mais 2 de leurs
traits font qu'elles subissent tout de même cette variation. Tout d'abord, la voyelle [u] qui a un F2 très bas à cause de sa postériorité qui fait baisser la différence entre F1 et F2. Et ensuite la voyelle [ø] qui est rattrapé par son aperture, plus importante que celle du [i] et par son antériorité inférieure.



Ouvrages de référence:

– "Phonétique acoustique", Philippe Martin, Armand Colin

– "Phonétique du français", Pierre Léon, Armand Colin

– "Dictionnaire amoureux des langues", Claude Hagège