samedi 16 janvier 2016

"Visite de l'île de Ré", par Paul-Eric Langevin (2014)

Visite de l’Ile de Ré.



Vendredi :

Arrivée à la Rochelle, un verre sur le port et discussion avec un couple d’anglais, promenade dans la ville et sur le port et visite du cabinet de kinésithérapie de ma sœur. Bain d’une demi-heure dans la piscine, exercices musculaires. Arrivée à la maison, Marcel est devenu très bavard, il fait des phrases bien formulées. Poulet au dîner.



Samedi :

Marché de la Rochelle, achat de fruits et légumes, poissons et fruits de mer, vin rouge. Déjeuner de fruits de mer et légumes. Marcel mange de la gaufre et de la meringue que je lui ai achetée. Soirée dans la maison pour faire la crémaillère avec une quinzaine de personnes, dont Paul-Eric, Isabelle, Aurélien, Marcel, Edouard, Pauline, Jenny, Henri et sa compagne, Hélène et son mari, la compagne d’Erwan et son petit Nael. Au menu, pissaladière, sushis, pisco, vin rouge, saucisses, viande, crumble, fruits. Veillée tard dans la nuit en groupe dans une ambiance très sympathique.



Dimanche :

Jour de repos, balade aux alentours de la Rochelle, lecture du livre d’André Langevin, je feuillète aussi les livres de lecture de ma sœur, en particulier la physique, la chimie générale, la chimie organique, la biophysique, la physiologie, la génétique et l’écologie. Soirée tranquille à la maison avec Marcel. Je lui montre les dessins que j’ai mis sur mon blog. On a fait aussi la grande roue du port avec Marcel. Cinéma à la télévision : Mariage à l’Italienne, Marcello Mastroianni et Sophia Loren sont magnifiques et émouvants. C’est un film de Vittorio de Sica, de 1964. Il a fait environ 32 films en tout. Sophia Loren est toujours vivante, elle a 79 ans.



Lundi :

Départ pour l’île de Ré. Arrivée à Rivedoux-Plage. Chambre d’hôte charmante avec petit jardin, salon, cuisine privée, connexion internet, salle de soins du corps, très bons petits déjeuners avec confiture maison à la figue et à la mûre. Déjeuner à Rivedoux-Plage au restaurant la Marée : huîtres, cochonnailles, un verre de vin blanc, un café. Promenade de deux heures autour de Rivedoux et sur la plage. Dîner au restaurant Thetys : sardines grillées, frites, deux verres de rosé.



Mardi :

Location de vélo. Promenade dans la partie est de l’île : marché de Sainte-Marie de Ré, église de Sainte-Marie de Ré, route vers la Flotte en Ré, déjeuner sur le port : assiette de fruits de mer, huîtres, crevettes, bigorneaux, moules, un pichet de vin blanc, un café. Route vers Saint-Martin de Ré, magnifique ville fortifiée côtière, promenade en vélo sur les remparts au bord de la mer, diabolo grenadine dans un café, retour vers Rivedoux en longeant la côte en vélo par un petit chemin. Internet dans les offices de tourisme pour consulter les pages blanches pour envoyer des cartes postales. Retour à la chambre d’hôte pour se reposer et écrire le journal de ces jours-ci.



Mardi soir :

Bain à la mer à Rivedoux-Plage pendant une vingtaine de minutes à une demi-heure. J’ai discuté longuement avec mes voisins instituteurs à la chambre d’hôtes. J’ai terminé le livre d’André qui est passionnant et émouvant. Il parle trois fois d’Eliane et une fois de Paul-Gilbert. Il me reste à lire les quelques hommages à la fin du livre.



Mercredi :

Visite du Bois-Plage et des deux petites villes suivantes sur l’île. L’itinéraire prévu est d’environ quarante kilomètres, ce qui risque d’être assez fatiguant. Un bain de mer me reposera en fin de journée.


Itinéraire : Rivedoux, Sainte-Marie de Ré, le Bois-Plage, la Couarde, Loix, Saint-Martin de Ré, la Flotte, Rivedoux, au total 50 km à vélo par un beau soleil, déjeuner au Bois-Plage à côté du marché, repas de langoustines à la mayonnaise avec un rafraichissement. Café et cigare à la Couarde, visite de la plage de la Couarde et de la plage de Loix. Passage par les marais salants et retour sur Saint-Martin et sur la Flotte, où j’achète du tabac à la vanille, arrivée à Rivedoux en fin d’après-midi. Le soir, dîner spécial à la table d’hôte : salade, crabe assaisonné avec haricots noirs et tomates, pain perdu à la figue, sans oublier un Pineau des Charentes offert en apéritif. Le soir, je déguste le tabac à la vanille et termine le livre d’André qui fait 288 pages, dont les dernières pages sont les souvenirs des élèves de Paul, en particulier Jean Saphores, René Lucas, Léon Brillouin, Marcel Tournier et quelques autres.

Je connais maintenant sept villages sur dix sur l’île de Ré et je vais passer la journée de demain à découvrir les trois derniers en bus : Ars-en-Ré, Saint-Clément des Baleines, les Portes-en-Ré. J’ai lu trois livres sur Paul Langevin ainsi que le livre sur les Curie par Eugénie Cotton. J’apprends beaucoup de choses que je ne savais pas. Ces jours-ci, je dois lire les deux livres de Tolkien que j’ai empruntés à la bibliothèque.



Jeudi : 

Visite des trois dernières villes de l’île, dont Ars-en-Ré, où résident Lionel Jospin et Philippe Sollers. L’itinéraire est d’environ 60 à 65 kilomètres, je vais prendre le bus et en faire une partie à pied. Le bout est constitué du phare et des marais salants. 


Déjeuner rapide à Rivedoux. Trajet de Rivedoux à Ars-en-Ré en bus en passant par le Martray. Ars-en-Ré est un charmant petit village avec une belle petite place et une église. Pot sur la place, visite du village et trajet à pied d’Ars-en-Ré à Saint-Clément des Baleines. C’est encore un charmant petit village, encore plus calme que les précédents. Trajet de Saint-Clément des Baleines au phare des Baleines, dégustation d’une bière blanche de Ré, passage par le phare puis trajet à pied du phare des baleines à la commune des Portes-en-Ré, dont je ne visite qu’un petit lieu-dit, la Rivière. Retour en bus des Portes-en-Ré jusqu’à Rivedoux. Bain sur la plage de Rivedoux vers 20h pendant une vingtaine de minutes. Kebab frites, bière, coca et dégustation d’un fond de Pineau blanc et de Pineau rosé. Je préfère le Pineau blanc. Retour à la chambre d’hôte.



Vendredi :

Repos. J’ai parcouru l’île de long en large, sur une centaine de kilomètres dont 80 à vélo et 20 à pied, plus 50 en bus. Repos bien mérité. Je dois écrire une dizaine de cartes postales et lire les deux livres de Tolkien que j’ai apportés. J’espère aussi goûter le cognac. Je dois aller dîner une fois aux Viviers pour goûter leurs fruits de mer. Je dois aussi prendre encore un ou deux bains de mer. Retour à la Rochelle par le bus dimanche matin et déjeuner en famille. Repos. Rédaction des cartes postales. Déjeuner à Rivedoux. Je dois acheter des timbres d’ici à demain.



Samedi :

Journées du patrimoine. J’irai jeter un coup d’œil à ce qui se fait sur l’île. J’ai bientôt terminé le livre de Tolkien sur la chute d’Arthur. Je vais lire ce week-end celui sur Sigurd et Gudrun avant de rentrer à Paris dimanche soir. Il fait un temps merveilleux, un ciel bleu magnifique et le soleil brille toute la journée. Je vais aller me baigner cette après-midi. Ce soir, je vais manger des fruits de mer aux Viviers. Je dois réserver par téléphone. J’ai appelé Cédric, Fred et Jean-Paul. Je dois aussi appeler David, Emile et Rodolphe. J’ai encore quelques cartes postales à écrire avant de les mettre à la poste demain.



Soir :

Après une sieste, je me dirige vers le restaurant des Viviers, où j’ai réservé une table. Je déguste un cognac avec deux glaçons. Le menu comprend une entrée, un plat, un dessert. La soupe de poisson est excellente, accompagnée de gruyère, de rouille, de croûtons de pain, de sel et de poivre. La salade de la mer est tout aussi bonne, avec du saumon, des crevettes, des gambas, des tomates, de la mozzarella et de la salade. En dessert, une soupe de fraises avec un gâteau. Demain, c’est le début des journées du patrimoine sur l’île. Plusieurs visites semblent intéressantes, dont la visite de l’abbaye entre Rivedoux et la Flotte. Je commence à lire le livre de Tolkien sur Sigurd et Gudrun, inspiré des légendes scandinaves. Je vais essayer de le terminer avant mon retour à Paris dimanche soir. Il me reste quatre cartes à écrire : Aline, Liliane, Luce et Madeleine.



Vendredi et samedi : autres balades prévues ainsi qu’un peu de repos, nouvelles dégustations.



Dimanche : retour à la Rochelle le matin. Déjeuner avec Aurélien, Isabelle et Marcel, retour à Paris en fin de journée.



Lundi : enterrement de Paulette Bienstock (Chanaperla), épouse d'Isidore Bienstock, au cimetière du Père-Lachaise, à partir de 14 heures.



Paul-Eric Langevin, 2014.



Rivedoux-Plage


La Flotte-en-Ré


 

Ars-en-Ré

dimanche 27 décembre 2015

"Jacques Solomon : rassembler tous les universitaires patriotes", par Martha Cecilia Bustamante (2010)

« Jacques Solomon : rassembler tous les universitaires patriotes »

Par Martha Cecilia Bustamante, chercheuse en histoire et philosophie des sciences


Samedi 4 Septembre 2010

L'Humanité des débats



Physicien et militant communiste, Jacques Solomon vécut la montée de Hitler au pouvoir en 1933. Il dénonça l’Allemagne nazie et s’opposa à la guerre, publiant ouvrages et articles dans des revues clandestines telles que la Pensée libre, cofondée avec Paul Langevin, ou l’Université libre…

Jacques Solomon est né le 4 février 1908 à Paris. Il était fils d’Iser Solomon, médecin radiologue, et d’Alice Habib, morte en déportation. Après des études au lycée Rollin, Solomon suivit les traces de son père en s’orientant vers la médecine. Préférant la physique et les mathématiques, il interrompit ce parcours au moment où il devint externe des hôpitaux de Paris. Ayant passé la licence à la faculté des sciences de Paris en 1927, il accompagna son père à Constantine où avait lieu le congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences. Il y rencontra Paul Langevin, qui le poussa à suivre son enseignement au Collège de France. Il entra dans le cercle proche du physicien en épousant sa fille Hélène en 1929 et en venant habiter dans son appartement, rue Vauquelin. Chez Langevin, Solomon eut d’abord l’occasion de rencontrer Einstein et d’autres grands savants de l’époque. Il se lia d’amitié avec le physicien marxiste Léon Rosenfeld. Tout en donnant libre cours à leur intérêt réciproque pour la philosophie politique, ils travaillèrent ensemble sur des problèmes de théorie quantique relativiste, sujet de la thèse de doctorat de Solomon.

Depuis l’affaire Dreyfus, le milieu scientifique parisien baignait dans des cercles intellectuels et politiques. Dans ce contexte, Solomon commença à fréquenter l’Union rationaliste et d’autres lieux dans lesquels sa pensée continua à se forger. Il vécut avec horreur la montée de Hitler au pouvoir en 1933. De plus, germanophone, il lut Mein Kampf et prit conscience du danger. En août 1934, au retour d’un voyage en Allemagne, en Suisse et en Union soviétique, Solomon et sa femme Hélène adhérèrent au Parti communiste, attirés par son ralliement à une stratégie d’union dont le mot d’ordre était le Front uni antifasciste. Solomon, âgé alors de vingt-six ans, se lança donc dans un double parcours, de physicien et de militant. En tant que physicien, il effectua des travaux sur les rayons cosmiques, la physique nucléaire et la quantification de la gravitation, séjournant dans les centres les plus prestigieux de la recherche scientifique européenne et bénéficiant d’une bourse de la Fondation Rockefeller. Il écrivit deux ouvrages issus de cours et de conférences au Collège de France, où il était boursier de la FondationPeccot. Il devint ensuite chargé de recherche de la Caisse nationale de sciences et fut invité à participer au conseil Solvay de 1939 qui, depuis sa création en 1911, réunissait une élite scientifique très sélecte.

Le parcours du militant communiste fut aussi prenant que celui du théoricien. Passionné d’escalade et de montagne, Solomon « voulut convertir la montagne au communisme ». Membre du Parti, il devint, en 1935-1936, secrétaire, avec André Parinaud, de la cellule 426-428 du 5e arrondissement. En janvier 1936, il assista au congrès du Parti communiste à Villeurbanne. Après la victoire du Front populaire, Solomon fut envoyé en Angleterre par Jacques Duclos pour étudier le système fiscal anglais. Avec son ami Georges Politzer, il participa à la formation des militants à l’université ouvrière, créée en 1932 dans la tradition française d’universités populaires. Solomon y enseigna l’économie politique dans le contexte des problèmes de l’économie française, de la grande crise mondiale de 1929, des perspectives économiques du Front populaire et du passage du capitalisme au socialisme. Solomon contribua au développement des orientations intellectuelles du Parti, dans la droite ligne du XVIIIe siècle et de la Révolution française. Ils essayaient d’articuler le siècle des Lumières et les matérialistes français de l’époque avec la pensée marxiste. Dans ce contexte théorique, il écrivit un petit ouvrage, la Pensée française : des origines à la Révolution, édité à la fin de la guerre. Il publia entre 1937 et 1939 plus d’une vingtaine d’articles, dans la revue la Pensée, qu’il contribua à fonder avec Langevin, et aussi dans les Cahiers du bolchevisme, ou dans la revue Commune. Il affirmait les valeurs de la science et du rationalisme, de même que les valeurs de la société soviétique. Enfin, sans cesse, il dénonça l’Allemagne nazie, l’esprit munichois et s’opposa à la guerre.

En 1939, il fut mobilisé à Rouen dans les services de santé, puis replié dans le Calvados et à Agen d’où il fut démobilisé en 1940. Avec sa femme il prit le train à Montpellier et, après trente heures de voyage, ils se trouvèrent à Paris où ils avaient leurs relations. Le 1er septembre, lors d’une promenade à vélo, le couple Solomon rencontra Georges Politzer et sa femme, Maï, dans une rue proche de leur appartement, rue Vauquelin. Ils programmèrent un périodique, l’Université libre, qui allait dénoncer les hommes et la politique de Vichy. Solomon, en particulier, voulait rassembler tous les universitaires patriotes sans exception de parti ou de convictions religieuses. La sortie du premier numéro fut accélérée à cause de l’arrestation de Langevin, le 30 octobre. Il parut en novembre, avec un éditorial qu’on attribue soit à Solomon seul, soit à Solomon et à Politzer. Ils continuèrent la publication des autres numéros malgré les difficultés à se procurer le stencil et le papier. Solomon participa aussi à la publication de la Pensée libre qui fit suite à la Pensée.

En janvier 1941, le travail militant étant devenu trop dangereux, Solomon et sa femme « passèrent dans le brouillard ». Ils quittèrent leur résidence et allèrent à plusieurs endroits, y compris chez des amis. Solomon fut arrêté le 2 mars 1942 dans un café parisien, en même temps que le docteur J. Bauer – tous les deux travaillaient pour l’Université libre. Interné au dépôt à la prison du Cherche-Midi, il fut transféré à la Santé. Il put y rencontrer sa femme qui, ayant été arrêtée à la gare Saint-Lazare le lendemain de l’arrestation de son mari, venait d’être transférée elle aussi dans cette prison. Selon son témoignage, il était très affaibli et avait une blessure importante derrière la tête. Ce fut leur unique et dernière entrevue. Solomon fut fusillé au mont Valérien comme otage, le 23 mai 1942.

Martha Cecilia Bustamante